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Entretiens avec DORO

Septembre 2013

Quand on regarde les sculptures de DORO, au delà des matières, l'or et l'argent, on est saisi par des formes, des couleurs, des aspects que l'on ne rencontre pas ailleurs.

Ca, c'est une longue histoire ! Après mes études en bijouterie et un peu les Beaux-arts, j'ai trouvé un emploi dans une grande bijouterie de Dijon. Un des employés a consacré une grande partie de ses journées à  m'apprendre le métier. Ce fut le moment le plus riche de ma vie professionnelle. J'ai eu cette chance que l'on m'ait transmis la totalité du métier pendant une dizaine d'années.

Pendant cet apprentissage j'avais le temps d'assimiler les choses, je jouais et c'est vraiment le terme, comme un enfant, avec le métal. J'ai joué parce que je sentais qu'il devait y avoir une possibilité d'expression du métal différente de celles que l'on connaît.

Je vais parler du métal comme d'une personne !  Je voulais l'entendre, l'écouter, mieux l'écouter pour entendre ce qu'il voulait me dire et ça, ça m'a pris des années. J'ai découvert une première technique qui me permet, à partir du métal en fusion, de générer une forme, sans pollution intellectuelle, c'est à dire sans volonté de forme ou d'aspect de ma part.

Par comparaison, c'est comme certains peintres qui jettent de la peinture sur la toile. Si demain je jette de la peinture sur une toile ce sera ridicule. Pour eux, ça ne l'est pas. Pourquoi ? Parce qu'ils sont à l'écoute d'autre chose que leur propre conscience, qu ’ils ont appris à laisser passer cela à travers eux.

Ca, je l'ai découvert un peu plus tard.

 

En somme, il y a une espèce d'échange, de dialogue qui se crée et qui fait que la matière collabore et que tu collabores à la matière. Comment cela se passe-t ’il concrètement ?

Ma capacité, en ayant découvert cette technique, est de générer une forme dépolluée d'une construction intellectualisée. Cela me permet de créer des éléments dont je dirais qu'ils sont aseptisés, propres, dénués de cette pollution de vouloir obtenir une architecture ou une forme donnée.

J'impulse au métal une dynamique, quelque part je le suis... ou est-ce lui qui me suit ? ... je n'ai pas la réponse...  Ce n'est pas clair... mais ça me permet de mettre autre chose que mon propre conscient.

 

Par rapport à un métier comme celui de forgeron par exemple, qui  façonne le fer , le chauffe, le soumet à des tensions, des torsions, des chocs et des moulages pour lui donner des formes, ce n'est pas du tout ce que tu fais... c'est même l’inverse.

C'est exactement cela. La recherche est inverse. Dans la joaillerie, on est constamment dans la construction. Là, j'élimine toute forme de construction.

Je laisse le métal passer de son état naturel liquide, en fusion, à son état solide.  La forme se crée lors de la transition de phase, quasiment sans aucune pollution de ma part. C'est une forme stérile, propre à être utilisée et à représenter l'être humain, puisque dénuée de cette hypocrisie intellectuelle que j'aurais pu mettre à l'intérieur. Elle est authentique.

 

Cette technique, est-ce une découverte, une expérience qui t'est propre ?  

Cette technique, découverte par hasard à force de triturer le métal, de le liquéfier, le solidifier, n'est pas quelque chose de connu. Je ne l'ai jamais vue. A priori elle n'existe pas ailleurs.

Le résultat qui ressemble un peu à du papier d'aluminium froissé ne peut pas être obtenu par fonte, par cire ou en moule ; il ne peut donc pas être copié. Ca fait 25 ans que je regarde les bijoux ; je pense que je l'aurais aperçue quelque part.  A priori, cette technique n'est pas connue. 

 

Cette technique qui donne un aspect froissé n'est-elle applicable qu'à certains métaux ?

Je sais la produire avec l'or et l'argent. J'ai essayé avec d'autres métaux, sans succès.

 

Cette technique, tu lui as donné un nom, l'orophanie. Elle est omniprésente dans les bandes de métal qui constituent tes sculptures. Les composants de tes sculptures sont-ils tous issus de l'orophanie ?

C'est assez complexe parce que je crée des éléments différents, très gros ou très petits, et il se passe quelque chose d'étonnant : une fois ces éléments créés pour une sculpture donnée, ils y ont tous une place. Il ne m'en manque pas un et je n'en ai pas en trop.

A chaque sculpture je me retrouve dans l'étonnement de constater cela, comme si j'avais monté un puzzle et que chaque élément était à sa place.

Pour moi ça a beaucoup d'importance. Ca valide dans ma perception des choses le fait que ce travail est authentique et que passe à travers moi autre chose que ma conscience.

Une chose très importante ! J'ai besoin de n'utiliser que des éléments d'orophanie. A ce jour, je ne peux concevoir d'intégrer d'autres éléments. Je ne pourrais pas y loger par exemple de la pierre ou d'autres matières. Ce serait polluer totalement l'authenticité.

DORO

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